LES REINES

DE NIAMEY (NIGER)

La population des girafes d’Afrique de l’Ouest était menacée d’extinction. Il en restait 49 en 1996 ! Mais d’elles-mêmes elles ont migré au Niger, entre le plateau de Kouré et la vallée du Dallol Bosso. L’instinct les a bien guidées : elles n’ont pas de prédateurs dans ce pays.

Kouré est aujourd'hui la plus grande réserve de girafes au monde. Récit d'une aventure humaine et animale au crépuscule.

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L'Épopée de Kouré

Un sanctuaire inespéré

La population des girafes d’Afrique de l’Ouest était menacée d’extinction. Il en restait 49 en 1996 ! Mais d’elles-mêmes elles ont migré au Niger, entre le plateau de Kouré et la vallée du Dallol Bosso. L’instinct les a bien guidées : elles n’ont pas de prédateurs dans ce pays.

Ainsi, on en compterait plus de 1000 individus actuellement. Kouré est la plus grande réserve de girafes au monde. Préservées également de la chasse, elles vivent tranquillement au contact des petits villages qui subsistent encore dans cette étendue sauvage de 40 000 km2.

C’est grâce à l’action jumelée de la population locale, du gouvernement et de l’appui de divers projets comme ceux de l’Association de Sauvegarde des Girafes du Niger (ASGN), de l’Association pour la Valorisation de l’Écotourisme au Niger (AVEN) et, plus récemment, de la Giraffe Conservation Foundation et du Sahara Conservation Fund, que ce territoire est classé Réserve de Biosphère par l’Unesco.

L'aventure commence

La commande de ce reportage m’a été faite par la Chambre de Commerce Tuniso Belgo luxembourgeoise (CCTBL) qui a voulu réaliser un catalogue en partenariat avec 1001Tunisie. Je vous raconte l’épopée.

Parti rapidement, sans visa… On me dit que je suis invité par le gouvernement, et que je serai attendu en « grande pompe » à l’aéroport de Niamey, au salon des Ambassadeurs. Bon ok, pas très persuadé, je pars quand-même : l’appel de la nature !

Le voyage s’est fait de nuit. J’arrive à 4h du matin par une chaleur écrasante. L’aéroport est tout petit. Je demande le salon, et on me répond surpris qu’il n’y en a pas ! Je me retrouve dehors, avec ma valise, sans aucun contact, seul, sous très peu de lumière. Au bout d’environ une heure, je vois deux jeunes s’approcher avec une feuille A4, et mon nom écrit dessus, de façon presque illisible. Ils m’attendaient à 200m, pensant que je verrai l’écriteau. Bref, me voilà pris en main ! Heureusement ils étaient vraiment adorables et conviviaux.

On me dépose à l’hôtel. 5h au lit, réveil 7 heures, réunion 8h. Pas frais, mais prêt, je pense à retirer un peu d’argent à un distributeur de l’hôtel. 10 000 francs CFA = 50 DT… Puis j’attends l’équipe.

Tensions et quiproquos

À 10h30 arrivent mon agent d’hier soir, le guide et le chauffeur. Mais je vois une tension : ils n’arrêtent pas de téléphoner, un ton énervé… J’entends qu’ils doivent payer d’avance l’équipe, le parc, le chauffeur, nourriture, boissons… Et moi j’attends, vraiment fatigué (deux nuits presque blanches) ! À tout hasard je demande la somme nécessaire : on me répond 10 000 francs CFA. Je ne plaisante pas.

Je prends le téléphone pour me faire expliquer. J’avoue m’être un peu emporté, comme ça m’arrive parfois, et je réponds sèchement que je paye et que l’on part à la réserve illico. Je dois travailler. Je n’ai que 2 jours ! Et je raccroche. J’apprends que je parlais au ministre de l’agriculture ! Pas grave, on part. Toujours énervé, mon guide me calme en plaisantant. En fait c’était son père !

Dans l'immensité du parc

Bon, nous voilà partis, en convoi (pour la sécurité quand-même). Un tour au marché pour acheter à manger : ils prennent de la viande séchée de chèvre, en petits morceaux, au sel et poivre, et des fruits. Tant pis pour les légumes.

Le parc est immense. On se retrouve juste dans un pick-up 4x4. Je suis à l’arrière avec le guide du parc, un homme étonnant, calme, ne parlant pas, mais avec un charisme très doux. Il a un grand bâton fin, et, debout, il guide la voiture. Il regarde au loin, et à l’aide du bâton, il indique la direction à suivre pour le chauffeur. Ça fonctionne bien.

Première rencontre

On trouve la première famille de girafe. Elles sont très difficile à localiser. Je demande à m’arrêter assez loin. Je dois aller de l’autre côté du troupeau, pour avoir la lumière dans le bon sens. Et oui, je photographie presque tout le temps en contre-jour ! En marchant lentement, j’amorce le contact avec les girafes, qui m’observent de loin. J’adopte des gestes lents, le regard direct mais sans le soutenir trop, je fais le tour en me rapprochant peu à peu. Elles ne bougent pas et broutent tranquillement les acacias.

Je fais quelques photos enfin. Puis arrive face à moi un minibus, assez (trop) rapidement. 8 personnes en sortent, avec pieds, sacs, déguisements de reporteur et s’installent à grand bruit : des amateurs qui se prennent pour des pros en safari. Pas fan. Les girafes n’apprécient pas non plus et partent. Mais, même si elles paraissent bouger lentement, elles se déplacent rapidement, et on les perd bien-sûr ! Merci la foule ! Le guide me dit qu’il faudra 2 à 3 heures pour les retrouver ! C’est malin.

On décide de trouver un arbre un peu grand pour manger à l’ombre. On ouvre le sachet de morceaux de viande sur le capot, et on picore ! Pas top ce premier repas. Pas grave. On fait connaissance aussi. Ils sont tous agréables, calmes et rigolos.

Le village interdit ?

J’apprends qu’il y a des villages dans la réserve. Je leur dit, on y va ? Je veux voir des habitants. Ils me répondent que c’est impossible et surtout non souhaitable. Les villageois n’aiment pas les touristes et sont même sauvages voire agressifs… J’insiste et ils me laissent « courageusement » à 300 m de l’entrée d’un petit ensemble de maison en torchis.

Mais je vous raconterai l’aventure de cette population dans un autre reportage qui leur est dédié… Ce fut un grand moment de ma vie.

Le Petit Soir

Donc on reprend l’aventure, avec un soleil qui commence à décliner. Tant mieux, en plus du contre-jour, il me faut un soleil couchant. Piero sait ce qu’il veut ! Après les 2 heures on retrouve notre clan. Je descends seul et m’approche. Le guide du parc voit que les girafes m’ont accepté et me laisse seul. J’en suis très content. Seul dans le paysage et avec la famille girafe. Quel sentiment de quiétude. C’est très important d’être dans un état particulier pour photographier. Et là c’était parfait.

Effectivement, il y a des regards qui ne trompent pas. Les girafes sont curieuses. J’ai la chance d’être tombé pour la deuxième fois sur la même tribu. Il y a le mâle dominant, immense, quelques femelles et autres mâles, et les enfants. La girafe est polygame. Seul le mâle dominant est prioritaire pour l’accouplement, mais n’est pas exclusif. Pas de couple. Les femelles élèvent chacune leur progéniture.

Je reste deux heures avec elles. C’est passionnant. Je ne vois pas le temps passer. La relation est si forte. Le guide me rejoint. Il veut rentrer, l’équipe aussi. Je négocie : si on reste pour l’après coucher de soleil, on n’aura pas besoin de revenir demain – bon argument ! Ils acceptent.

Je découvre enfin ce que l’on appelle le « petit soir ». C’est quand le soleil est couché, la période avant le nuit. Dans certaines régions d’Afrique, le petit soir dure longtemps. Ça a été le cas. La lumière était sublime : chaude, feutrée, enveloppante, cuivrée, sanguine. Tout changeait. Les paysages reprenaient vie. On termine la journée avec quelques termitières géantes (3m de haut), mais sans voir les termites.

Souvenirs

Retour à l’hôtel. 3ème nuit blanche : avec de telles images en moi, impossible de me calmer…. 7 ans après, les images sont toujours dans la tête. Content d’avoir tout fait en une séance (on en prévoyait 3). Et heureusement, parce que le lendemain fut une autre aventure. La journée entière a été nécessaire pour l’administratif : Visa, avec photo d’identité et plein de dossier à remplir pour le pauvre remboursement de 50 €.

Heureusement mon guide (fils de ministre) m’accompagnait, et on s’est vraiment bien entendu. Nous sommes toujours amis. Il me raconte la vie à Niamey, et me fait découvrir des quartiers, bars, restaurants… J’aimerais y retourner, pour le plaisir de le revoir, et pour faire d’autres sujets prévus, mais ce n’est pas la bonne période hélas.

Découvrir la suite : VIVRE EN RESERVE NATURELLE →
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